Apprentissages #3 - Costa Rica, Territoire des Indiens Guayamies - anya tikhomirova
          
Apprentissages #3 - Costa Rica, Territoire des Indiens Guayamies
Projet photographique dont la question centrale est :

Comment préparer un enfant au monde ? Dans quel monde ? Pour quel monde ?

Le projet se propose de rassembler une collection photographique documentaire sur les apprentissages en milieu scolaire autour du monde. Il s’agit de document sensible plutôt que d’une approche journalistique.

Mon angle d’approche est de rechercher ce qui peut unir les enfants et les jeunes dans des apprentissages communs, mais dans des conditions de vie différentes.

Si apprendre sert d’abord àsortir de la vulnérabilitéqui caractérise les débuts de la vie, mais aussi às’approprier le pouvoir des grands qui ont trouvéle moyen de survivre et qui imposent les règles ; si le pouvoir appartient àceux qui savent ; si plaisir, pouvoir, curiositésont toujours àl’oeuvre dans tout apprentissage, alors apprendre devient le moyen de conquérir la liberte et d’oeuvrer pour que la connaissance des hommes soit toujours en mouvement. Mais devant les disparités économiques, géographiques, sociales, culturelles, politiques... devant les disparités des moyens humains, de l’accès aux outils pédagogiques, on ne peut que parler d’utopie devant les notions d’égalite, de fraternitéet de libertéque l’on aimerait pouvoir inscrire comme éléments fondateurs de toute entreprise éducative.

Au-delàde ce qui sépare, au-delàdes caractéristiques individuelles aussi, je cherche à révéler une énergie, un désir, une motivation, volontaire ou non, inconsciente souvent, d’apprendre, de s’élever au-dessus de sa condition présente, de grandir, de se réaliser. Pourtant, si je ne cherche pas, par des systèmes comparatifs simplistes àmettre l’accent sur les différences rencontrées, il est néanmoins impossible de ne pas les montrer, tant elles sont réelles.

Selon les pays, les possibilités, les besoins, l’accent pourra être mis sur l’enseignent primaire, secondaire, l’éducation des filles, le travail des enseignants, ou un apprentissage en particulier.

Apprentissages #3, école Alta Mira de Pavones, Costa Rica

Sur les quelques jours passés dans l’école, ce qui m’a le plus impressionnée, c’est tout d’abord la joie qui se dégage des enfants et qui fuse comme comme un boulet d’énergie pure.
Evidemment, il y a des moments de fatigue (l’école commence à 7h du matin), de chagrin éclair, de confusion, mais tout est vite balayé par une espèce de joie indomptée.
Ce qui m’a frappé en second lieu, ce sont les rapports qu’entretiennent les enfants entre eux et avec leur enseignant.
J’ai eu le sentiment d’observer la vie d’une grande famille. Il est vrai que les enfants sont souvent effectivement parents, et qu’ils se connaissent tous ou quasi depuis leur naissance. J’ai constaté une grande aisance dans leurs interactions, qu’elles soient verbales ou physiques.
Le maître est la figure paternelle bienveillante. Les enfants le regardent comme tel, s’adressent à lui avec autant d’aisance qu’ils le font entre eux. Je ne l’ai jamais vu perdre son sourire ni hausser la voix. Il règne parfois une certaine confusion, il y a du bruit, du mouvement, mais personne ne semble en être gêné. La classe s’auto-régule et ne dépasse pas les limites de ce qui paraît confortable pour tous.
En troisième lieu, j’ai été frappée par l’autonomie des enfants, et leur liberté de mouvement.
Les jours où j’étais présente, les « grands » passaient des examens nationaux. Ils occupaient une classe.
Les « petits » s’installaient donc en autonomie dans la classe d’à côté.
Après que tous soient installés, tranquillement, sans pression, sans précipitation, le maître distribuait d’abord les copies avec les questions d’examens aux grands, les guidaient, leur expliquait certains points.
Pendant ce temps, les petits s’occupaient, jouaient, discutaient, se réveillaient doucement.
Le maître venait ensuite leur apporter d’autres copies, avec le travail qu’ils allaient faire pendant qu’il retournait voir les grands.
Les petits travaillaient tout seuls. Lorsqu’un grand, plutôt une grande, avait terminé de répondre à une série de questions d’examens, elle venait superviser et aider les petits. Ou alors allait se détendre dans la cour.
Puis le maître venait aider à son tour.
Le travail était ponctué de grandes plages de repos. De longues récréations où le jeu collectif tient une grande place et où tous les enfants passent de groupe en groupe, d’activité en activité, sans ségrégation d’âge ni de genre.
Le maître partage aussi certains jeux, ainsi que le repas des enfants à la cantine.
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